Points clés de l’article
On a souvent coutume de penser qu’une fois le pot d’échappement supprimé, le problème climatique et énergétique de l’automobile est définitivement réglé. L’électrification du parc automobile est certes indispensable pour sortir de notre dépendance aux hydrocarbures, mais elle occulte trop souvent un détail fondamental qui relève de la physique élémentaire : déplacer une masse demande de l’énergie.
Que cette énergie provienne du sous-sol sous forme de pétrole ou du ciel sous forme de rayonnement solaire, les lois de la thermodynamique ne se négocient pas. Quel est le véritable coût énergétique de nos véhicules électriques ? Faisons le test par l’absurde grâce à l’énergie solaire.
L’exercice pratique : 10 000 km par an à l’énergie solaire
Prenons un automobiliste français moyen parcourant environ 10 000 kilomètres par an. S’il devait produire lui-même l’énergie nécessaire à ses trajets quotidiens grâce à des panneaux photovoltaïques installés sur son toit, de quelle surface aurait-il besoin ?
En considérant un ensoleillement moyen en France (où un panneau standard produit environ 200 kWh/m²/an), la réponse dépend presque exclusivement d’un seul facteur : le poids du véhicule.
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Le gros SUV électrique (2,5 tonnes) : Avec son aérodynamisme souvent défavorable et sa masse imposante, sa consommation flirte avec les 25 kWh aux 100 km. Pour parcourir 10 000 km, il consommera 2 500 kWh. Il faudra donc mobiliser environ 13 mètres carrés de panneaux solaires fonctionnant à plein rendement uniquement pour assurer cette mobilité.
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La petite citadine électrique (1 tonne) : Plus légère et dotée d’une batterie modeste, sa consommation chute autour de 12 à 13 kWh aux 100 km. La surface de production photovoltaïque nécessaire tombe alors à environ 6 mètres carrés.
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Le vélo à assistance électrique (VAE) : Si l’on pousse le raisonnement jusqu’à la micro-mobilité pour parcourir cette même distance annuelle, un simple demi-mètre carré de panneau solaire suffit largement à recharger la batterie toute l’année.
Le constat de l’ADEME : l’impasse des « chars d’assaut à batterie »
Les ordres de grandeur nous rattrapent. Si nous nous contentons de remplacer des chars d’assaut thermiques par des chars d’assaut à batterie, nous devrons couvrir de silicium des surfaces démesurées. Et ce, dans le seul but de déplacer deux tonnes d’acier, de plastique et de lithium pour transporter un individu de 80 kilos.
Ce constat physique est d’ailleurs formellement partagé par l’ADEME (Agence de la transition écologique). Dans ses avis scientifiques, l’institution souligne qu’une voiture électrique n’a une véritable pertinence climatique et économique que si sa batterie reste d’une taille raisonnable (idéalement inférieure à 60 kWh). Au-delà, l’impact carbone lié à la fabrication de la batterie géante et la surconsommation électrique due au poids du véhicule annulent une grande partie des bénéfices environnementaux.
Transition énergétique ou démesure matérielle ?
Le panneau solaire est une infrastructure de production d’énergie renouvelable redoutablement efficace. Mais il n’a pas vocation à compenser notre démesure matérielle.
La véritable transition écologique ne réside pas uniquement dans le changement de la source d’énergie (passer du pétrole aux électrons). Elle réside d’abord dans l’allègement drastique de ce que nous déplaçons. La sobriété énergétique passe par la sobriété matérielle.
Vers de nouvelles politiques publiques ?
Face à cette réalité implacable, le cadre réglementaire commence doucement à évoluer en France. Depuis peu, l’éco-score environnemental conditionnant le bonus écologique exclut les véhicules électriques de plus de 2,4 tonnes. Mais est-ce suffisant ?
Une question légitime se pose pour l’avenir de nos politiques publiques : faut-il durcir le trait et conditionner l’ensemble des aides à l’achat, ainsi que le déploiement des infrastructures de recharge, à un critère de poids beaucoup plus strict pour les véhicules particuliers ?
Le take-away de Tous Solaires
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La physique est têtue : passer du pétrole à l’électricité ne change pas les lois de la thermodynamique. Déplacer une masse lourde exigera toujours une quantité massive d’énergie.
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L’équivalent solaire est sans appel : alimenter un gros SUV électrique (2,5 tonnes) nécessite plus du double de surface de panneaux solaires (13 m²) qu’une citadine (6 m²) pour un usage standard.
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L’électrification seule ne suffit pas : remplacer des « chars d’assaut thermiques » par des « chars d’assaut à batterie » est une impasse énergétique.
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La priorité est la sobriété matérielle : l’avenir de la mobilité durable (et la pertinence de nos aides publiques) passe obligatoirement par une réduction drastique du poids de nos véhicules.
Sources :
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Source : Connaissance des Énergies – « Conflit au Moyen-Orient : quel impact sur les factures d’énergie des Français ?
